
“
“…. Resterà ben poco
Dello spazio infinito,
Che frapposer gli Dèi fra Sesto e Tito.”
Metastasio
L’une des premières pièces politiques modernes,
« Cinna » de Corneille, (sous-titrée «
Cinquante sept ans plus tard et après Hasse, Gluck,
Traetta, Jomelli et Giuseppe Scarlatti, Wolfgang Amadeus Mozart, s’appuyant sur
le livret de Métastase dont il possédait un exemplaire de l’édition vénitienne,
met à son tour «
Lorenzo da Ponte, le complice et l’ami, vient d’être
congédié et a dû fuir Vienne ; Wolfgang fait la connaissance de Caterino
Mazzolà qui vient de Dresde et très récemment nommé poète
« césarien » (impérial) officiel de la cour de Vienne. Mazzolà
condense et adapte le texte de Métastase et Mozart, enchanté par cette
collaboration et par le travail réalisé, écrit le 5 septembre 1791, dans son
catalogue thématique : "Représenté à Prague le 6 septembre.
* ceci est un hommage
qu’il n’a jamais rendu à Da Ponte ; seule
Le temps de composition est très court et la partition écrite en 18 jours (18
août/6 septembre 1791). Nissen mentionne que le travail d’écriture commence sur
la route (
* Il était
habituel pour Mozart de travailler ainsi. Il composait mentalement et la
notation proprement dite était pour lui une opération purement mécanique
** Constance venait de donner naissance à leur sixième enfant, Franz- Xaver
Nous sommes à trois mois, presque jour pour jour, de la mort de Mozart et ce sera son dernier opéra.
Le thème de la magnanimité impériale est alors très en vogue.
Léopold II, auquel cette « sérénade-théâtrale » est dédiée, avait précédemment aboli la torture en Toscane. Le climat politique est troublé et en France se déroulent des événements alarmants…
Il faut donc opposer aux idées révolutionnaires qui grondent et aux idées de l’Aufklärung qui progressent, le mythe du monarque infiniment bon. L’image d’un despote… éclairé.
Outre le fait qu’un opéra bouffe ne soit pas jugé digne des solennités d’un couronnement, l’empereur (et surtout l’impératrice) aiment l’opera seria.
Qui plus est, le sujet (un empereur qui pardonne aux conjurés qui ont tenté de l’assassiner et qui témoigne ainsi de sa clémence et de sa bonté) paraît correspondre non seulement au caractère de Léopold II mais à l’époque des Lumières d’une façon générale.
L’acte de
clémence :
L’idée du pardon est depuis longtemps un sentiment cher à Mozart. L’acte de clémence prend, chez lui, une signification maçonnique.
Le pouvoir sans haine et sans vengeance, uniquement fondé sur la fraternité et l’amour représente un idéal que Wolfgang recherche dans la franc-maçonnerie.
Titus, frère du Pacha Selim et de Sarastro, est également frère en Maçonnerie de Wolfgang Amadeus Mozart.
L’idée de
l’Amour :
La véritable action, dans «
L’Histoire…
Voici « l’Argomento » (livret rudimentaire) tel qu’il fut distribué au public le soir de la première représentation, le 6 septembre 1791 au Théâtre national de Prague.
L’intrigue est ainsi résumée :
« L’empereur Titus Vespasius, surnommé le Plaisir de l’Humanité, est universellement aimé. Deux jeunes patriciens, dont l’un est le favori de l’empereur, conspirent cependant contre lui. Le complot est découvert et le Sénat les condamne à mort. Mais le très clément César se contente d’une mise en garde paternelle et, dans un pardon général, les absout ainsi que tous leurs complices. La musique est entièrement nouvelle, composée par le célèbre Sig. Wolfgango Amadeo Mozart, maître de chapelle présentement au service de Son Impériale Majesté. Les costumes, tout neufs et d’invention riche et charmante, du Sig. Cherubino Babbini de Mantoue ».
Notons qu’aucun chanteur n’est cité (lors de l’impression du document, les interprètes ne sont pas encore définitivement désignés), pas plus que les noms de Mazzolà ou Metastasio…
Les Personnages
Servilia, jeune femme pure et généreuse et sœur de Sextus forme avec son amant, Annius, un couple d’amoureux sages et fidèles, dépourvus d’ambition.
Vitellia est cruelle et calculatrice. Elle n’aime qu’elle-même et son unique ambition est d’accéder au trône.
Sextus,
qui n’est pas payé de retour, éprouve une passion violente pour Vitellia et
accepte de devenir, pour elle, un criminel.
Acte I
Vitellia, fille de l’empereur assassiné, est folle de rage. Elle a vu l’empereur lui préférer Servilia et obtient de Sextus, qui se meurt d’amour pour elle, qu’il assassine Titus alors que les deux hommes sont amis intimes. Titus renonce à Servilia car elle est éprise d’Anius et porte son choix sur Vitellia. Mais il n’est plus temps de rappeler Sextus. Le Capitole est en flamme et on annonce la mort de l’empereur.
Acte II
Une rumeur circule. Le complot contre l’empereur a échoué et Titus est sain et sauf. Alors que le sénat prononce la sentence de mort contre Sextus, l’empereur interroge son ami pour comprendre les motifs d’un acte aussi cruel et offre de lui faire grâce s’il dévoile ses complices. Mais Sextus refuse de trahir Vitellia. Celle-ci, qui tremble d’être découverte, apprend que Sextus a choisi la mort plutôt que de la dénoncer. Elle éprouve un terrible choc devant cet acte suprême d’amour et l’orgueilleuse jeune fille mendiera à genoux la clémence de Titus.
Titus pardonne… et mourra célibataire.
Les Voix…
Distribution vocale lors de la première représentation :
Titus (ténor) Antonio Baglioni
Vitellia (soprano) Maria Marchetti-Fantozzi
Sextus (contralto)* Domenico Bedini
Servilia (soprano) Signora Antonini
Annius (mezzo-soprano)* Carolina Perini (rôle travesti)
* à l’origine, ces rôles avaient été écrits pour des castrats
Le déroulement de la partition…
Le livret de Métastase, selon les usages de l’opera seria en 1734, n’était qu’une suite d’arias reliées par de longs récitatifs, sans un seul duo.
Caterino Mazzolà réduit la partition à deux actes (comme dans un opéra bouffe), abrège les récitatifs secco et ajoute des ensembles (trois duos, trois trios, quintette et sextette). Il fournit ainsi à Mozart l’occasion d’écrire, tant sur le plan scénique que musical, une page lyrique grandiose.
Les récitatifs "secco" (accompagnement clavecin, violoncelle et contrebasse) furent confiés à Süssmayr qui accompagne les Mozart à Prague et le clarinettiste Anton Stadler, qui se vit offrir le voyage à la dernière minute, écrivit le Rondo de Vitellia et interpréta les solos de clarinette et de cor de basset.
L'ouverture de l’opéra, très solennelle et caractéristique, est superbe.
Un duettino de vingt-quatre mesures entre Sextus et Annius a la forme d’un petit lied.
Un merveilleux duetto suit entre Annius et Servilia « Ah perdona al primo affetto".
Le premier finale est d’une grandeur unique (scène de l'incendie du Capitole à Rome et, en fond, les cris du peuple épouvanté). C’est un quintette (Sextus, Annius, Servilia, Publius, Vitellia) avec chœur « Deh conservate, oh ! Dei, a Roma il suo splendor) et l’une des plus belles scènes de tout l’opéra qui met en situation de confrontation tragique Sextus et Vitellia.
Certains critiques mozartiens n’hésitent pas à désigner
ce passage comme "l'ensemble vocal dramatique le plus puissant de toute l'oeuvre
lyrique de Mozart..."
La plus célèbre aria de l’œuvre est celle de Sextus « Deh per questo
istante solo » qui dans le second Acte prend sur lui tout le poids de la
faute. Il chante la perte de son ami et celle de son aimée. En se sacrifiant
ainsi pour Vitellia, il purifie son amour.
Puis, dans un air tout aussi bouleversant, Servilia "S'altro che lagrime" implore Vitellia de cesser de pleurer et d’agir. Mozart, très astucieusement et par personne interposée, montre ce qui se passe à ce moment là dans l’âme et le cœur de Vitellia laquelle, par un retour lucide sur elle-même, fait exploser son désespoir et sa tendresse dans le Rondo et l’Air, larghetto puis allegro, « Ecco il punto, o Vitellia » et "Non piu di fiori".
Introduction immédiate, par un effet musical puissant, de la « Marche au supplice » (sextette) « Tu, è ver, m’assolvi », dernière scène à l’effet saisissant.
Réflexion :
Quand faut-il punir et quand faut-il pardonner ?
Pourquoi Titus pardonne-t-il aux traîtres qui voulaient sa mort ? Ne le pouvait-il pas et même, ne le devait-il pas ?
Il a choisi la grâce, car l’idée de punir est entachée du désir de vengeance, passion à exclure absolument (Sarastro). Le véritable exercice du pouvoir ne consiste pas à satisfaire la passion de dominer autrui et la clémence n’est pas un acte de pitié mais l’effet d’une totale maîtrise de soi.
Si pour Montesquieu : « Les monarques ont tant à gagner par la clémence, elle est suivie de tant d’amour, ils en tirent tant de gloire que c’est presque toujours un bonheur pour eux d’avoir l’occasion de l’exercer », pour J.V Hocquard : « La clémence est une vertu qui est la fleur de l’esprit de justice ».
La question reste posée…
Anecdotes autour du
dernier séjour de Mozart à Prague…
« Presque chaque jour, Mozart se rendait avec ses
amis dans un café proche de son domicile et y jouait au billard pour se
distraire ; en jouant, il chantonnait doucement un motif hm, hm, hm. Il
s’agissait en fait du motif du quintette de «
Le vendredi 2 septembre 1791, était donné, au Théâtre
national de
Le
mardi 6 Septembre 1791, en
Le même soir, au Théâtre National de Prague * a lieu la première représentation de "
* appelé aujourd’hui
le Tyl
L'oeuvre ne plut pas. Le couple royal, arrivé en retard,
manifeste des signes de mécontentement. L'impératrice Marie-Louise d’Espagne
aurait qualifié
Au bout de quelques jours, l’œuvre est retirée de
l’affiche, même si la dernière représentation de «
A Vienne, le même soir, Wolfgang Amadeus Mozart fait éclater, pour la première fois, les premières notes de "Die Zauberflöte » ...
Au mois de novembre suivant, en ouvrant le « Morning Chronicle » à Londres pour y lire le récit des festivités du couronnement de Léopold II, Joseph Haydn dut être surpris de constater que le nom de Wolfgang Amadeus Mozart, son Ami, n'était même pas cité...
En 1794, Niemetschek écrit :
« Tito fut
donné au moment du couronnement comme opéra gratuit. Mais le destin a voulu que
les interprètes soient un pitoyable castrat et une prima donna qui chantait
plus avec ses mains qu’avec sa gorge. Le sujet est trop simple pour intéresser
une foule populaire occupée par les festivités, les bals et les illuminations…
Et comme enfin il s’agit d’un opéra sérieux, il plut moins que ne le méritait
sa musique véritablement divine. Le chant y est d’une douceur céleste, empli de
sentiment et d’expression. Les chœurs sont pleins de pompe et de grandeur. Le
dernier trio et le finale du premier acte sont insurpassables et peut-être un
« non plus ultra » de la musique. Bref, la noblesse de Gluck alliée à
l’originalité artistique de Mozart, à sa sensibilité débordante et à ses
harmonies ravissantes. C’est l’œuvre divine de l’immortel esprit ».
"
L’orchestration, d’une simplicité extrême (ce qui ne signifie pas qu’elle fut bâclée ou réduite) est brillante. En se distinguant de Gluck, Mozart, qui n’était pas un révolutionnaire, a élargi – sans le faire éclater – le cadre de l’opera seria mais n’a jamais sacrifié la musique .
L’oeuvre demeura longtemps dans un oubli presque total, tout au moins jusqu’à la moitié du 19ème siècle.
Il y a quelques années, une version filmée de l’opéra fut réalisée pour la télévision par Jean Pierre Ponnelle, dans les décors des Bains de Caracalla à Rome et en 1974, dans le cadre du Festival Lyrique d'Aix-en-Provence, Antoine Bourseiller le mit en scène.
Cette année, il y est à nouveau à l’affiche dans une interprétation scénique de Lukas Hemleb avec le Mahler Chamber Orchestra sous la baguette de Paul Daniel.
Puissent encore de nombreux metteurs en scène et interprètes s’intéresser à cet opéra, trop souvent sous-estimé et éclipsé, et lui rendre enfin la place qu’il mérite dans l'univers mozartien.
« 1791. Quelle
année de Musique. Quelle année pour mourir..."
(Philippe Sollers)
Sources
H.C. Robbins Landon « La dernière année de Mozart »
"Les Cahiers du Festival d'Aix"
Jean-Victor Hocquard « Mozart »
Yvan Nagel « Autonomie et Grâce dans les opéras de Mozart »
Alfred Einstein « Mozart »
Marie O.
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