Un
INTERMITTENT
A PLEIN TEMPS :
Emanuel
SCHIKANEDER (en réalité : Johannes Josephus SCHICKENEDER) ou ……..PAPAGENO
Comme SUSSMAYR pour le Requiem, SCHIKANEDER s’est glissé dans l’immortalité
grâce à la Flûte enchantée.
Né le 1.9.1751 à Straubing (Bavière) de parents pauvres, il fera des études
à l’école jésuite de Ratisbonne.
A partir de 1773 sa carrière de comédien, chanteur, musicien, librettiste, etc…
peut se diviser en deux parties :
- de 1773 à 1789 il appartiendra et dirigera ensuite une troupe de comédien
ambulant avec un court séjour à Vienne de 1784 à 1786
- à partir de 1789 une période plus stable à Vienne où sa troupe se fixera
dans plusieurs théâtres avec de courtes interruptions à l’étranger
HOMME ORCHESTRE AUX MULTIPLES TALENTS
« J’écris pour le plaisir du public et ne cherche pas à passer pour un érudit.
Je suis acteur et directeur et travaille pour ma caisse, mais non pour soutirer
de l’argent au public, car l’homme avisé ne se laisse duper qu’une fois
»
écrit Schikaneder en 1795 dans la préface de son livret « Der Spiegel von
Arkadien (le miroir d’Arcadie) » musique de Süssmayr.
Authentique homme de théâtre, artiste complet, pragmatique malgré tout, il
offrait au public les spectacles qu’il désirait.
Innovateur génial il inventa des mises en scène somptueuses par l’emploi de
machines et d’un nombre important de figurants. Il lui était parfois reproché
de faire des « effets faciles »…et de frôler aussi la vulgarité
Meneur d’hommes, sa troupe était composée d’excellents éléments, il
fallait chanter, danser, réciter des tirades tragiques, donner et recevoir la
bastonnade ….et pour certains composer la musique. Le jovial directeur
appelait les acteurs « ses enfants »…
Sans doute très bon négociateur en amont (pour conserver les éléments
talentueux de sa troupe) en aval pour obtenir les meilleurs prix.
On lui doit par ailleurs les livrets de 44 opéras ou singspiele, 9 pièces avec
musique, 46 drames ou comédies.
Imprésario, il fera dans ce cadre notamment commande d’un opéra à
Beethoven.
Financier également avec certainement des hauts et des bas :
. complètement dépendant du succès ou de l’échec d’un spectacle il était
très difficile voire impossible d’atteindre à la fois une qualité
artistique et un équilibre financier d’autant qu’il avait la réputation de
monter des spectacles onéreux
. par ailleurs, Schikaneder fut exclu en 1788 de la loge maçonnique de
Ratisbonne en raison d’un scandale financier dont on ignore tout
. en ce qui concerne la Flûte Enchantée, il n’existerait aucun document sur
les honoraires et les conditions de la commande.
Mozart a peut être touché une
somme de 200 ducats mais devait surtout récupérer le produit de la vente des
partitions à l’étranger , cet engagement n’aurait pas été respecté
(selon Nissen)
A la fin du compte, Schikaneder mourut dans la pauvreté, malgré ses grands
succès.
Cabotin, il aimait la vie facile …..un vrai Papageno ou pire peut être..
Il épousa en 1777 Eléonore (en fait Maria Magdalena née Arth 1751.1821), elle
fonda sa propre troupe ambulante avec son ami Johan Friedel, ancien officier qui
avait rejoint la troupe Schikaneder en 1782.
1773.1789 COMÉDIEN AMBULANT
A cette époque, la condition des gens du spectacle ambulant étaient particulièrement
difficile voir même lamentable.
Dès 1773, Schikaneder suivit, après la mort de son père, plusieurs troupes
ambulantes comme chanteur et comme acteur en compagnie notamment de la troupe
fondée par Franz Joseph Moser par privilège de l’Électeur de Bavière,
laquelle alimentait toute l’Allemagne du Sud en représentations
dramatiques– Schikaneder sera l’un des meilleurs acteurs et l’un des
premiers Hamlet d’Allemagne. Fin 1777 lui et sa femme se séparèrent de la
troupe.
De 1778 à 1784 il dirigea son propre théâtre itinérant en s’associant avec
d’autres compagnies. Ses succès furent brillants à Stuttgart, Nuremberg,
Augsbourg……
On le retrouve à Salzbourg avec sa troupe composée de 34 personnes, où il
donna dans cette ville du 17.9.1780 au 27.2.1781 93 représentations. Il se lia
d’amitié avec la famille
Mozart qui obtient de lui des entrées gratuites au
théâtre. W.Mozart quittera toutefois Salzbourg pour Munich début novembre
1780 pour terminer son opéra Idomeneo K366. Il aura quand même pu assister à
plusieurs spectacles dont « Emilia Galotti »de Lessing, le « Jules de Tarente
» d’Anton Leiseqitz, « le Barbier de Séville »ainsi que « Hamlet, Prince
de Danemark »dans l’adaptation de F.W.L Schroeder. Parmi les ballets «les
Statues animées» qui traitent le sujet de Don Juan.
Du 5.11.84 au 6.2.1785, Schikaneder loua avec son collègue Hubert Kumpf le Kärtntnertortheater
(théâtre de la porte de Carinthie) à Vienne et joua notamment « l’Enlèvement
au Sérail ». Suite à la censure, ils ne pourront monter « le Mariage de
Figaro » traduit en allemand. Vers Noël 1784 il produit un opéra de Haydn :
« La Fedelta premiata » en allemand en présence de Joseph II, de toute la
cour et également de
Mozart.
On le retrouve ensuite au Burgtheater du 1.4.85 au 25.2.86.
Avant de prendre la direction du théâtre de la cour de Ratisbonne 1787.1789,
il fera un court séjour à Salzbourg où il donnera plusieurs opéras et pièces
de théâtre, Léopold
Mozart a pu assister gratuitement aux spectacles.
A partir de 1789 LA PÉRIODE VIENNOISE
Le divertissement populaire occupe une place de première importance dans la
culture viennoise. Mêmes les années difficiles n’entament pas le goût des
viennois et ce fut un grand jour pour eux quand Schikaneder vint s’installer
dans la capitale.
Le théâtre auf der Wieden également appelé Freihaustheater (car exempté
d’impôts) qui pouvait contenir plus de 1000 spectateurs reconstruit et réouvert
en 1786 a été repris en 1788 par Johann Friedk qui mourut bientôt laissant
par testament la direction du théâtre à son légataire universel… Mme
Shikaneder.
Elle demanda aussitôt à son époux, qui se trouvait à Ratisbonne de venir
l’aider à reprendre en main le théâtre. Il reçut le privilège officiel de
l’empereur Joseph II et commença bientôt à s’attacher un public vaste et
fidèle avec ses comédies à machines, ses contes de fées et ses opéras
magiques , essentiellement des singspiel et des opéras allemands. Sa troupe étoffée
comprenait d’excellents chanteurs dont la belle soeur de
Mozart : Josepha
Hofer qui restera jusqu’en 1805 (la future reine de la nuit) et un orchestre
de 35 musiciens.
Il sera joué des beaux textes littéraires : « les brigands », « le Barbier
de Séville », « le Roi lear »….. mais Schikaneder s’arrangeait toujours
pour que ce fût aussi et surtout un spectacle avec de belles mises en scène.
Il inaugura le théâtre le 12.7.1789 avec un opéra comique allemand intitulé
« le sot jardinier des montagnes ou les deux Anton » texte de Schikaneder lui
même et la musique de deux membres de la compagnie : le ténor Schack et la
basse Gerl. Le succès fut considérable et l’opéra fut donné 32 fois en
1789. Anton devint immédiatement populaire, il s’était réservé à lui même
le rôle grotesque du nigaud. Il donna six autres ouvrages formant la
continuation du premier. Les arias firent fureur en ville en particulier « Ein
Weib ist das herrlichste Ding auf der Welt » (une femme est la plus
merveilleuse chose au monde) que
Mozart utilisera comme thème pour une série
de variations pour piano.
Il monta également l’opéra romantico-comique « Oberon » de Paul Wranizky
texte de Karl Giesecke, une des sources de la flûte enchantée ainsi que l’opéra
« Der Stein der Weisen oder Die Zauberinsel » : « la pierre philosophale »
auquel
Mozart va participer.
LA FLÛTE ENCHANTÉE K620
1790/1791, Mozart fréquente et se lie d’amitié avec les membres de la troupe
de Schikaneder
qui a priori n’engendre pas la mélancolie…
Printemps 1791, il commence la composition de la flûte sur un texte écrit par
Schikaneder avec sans doute la participation de sa troupe dont Mozart. Karl
Giesecke revendiquera par la suite la paternité du livret.
Le « Freihaustheater » (actuellement détruit) comprenait le théâtre et
d’autres bâtiments où la troupe logeait, ainsi qu’une église, une auberge
où tout le monde se retrouvait et un kiosque où Mozart termina d’écrire son
opéra et qui se trouve actuellement à Salzbourg.
Le sujet de l’opéra est emprunté aux « contes orientaux » du dramaturge
allemand Wieland dont « Lulu, oder die Zauberflöte » qui donnera son titre au
nouvel opéra. La pièce « Thamos roi d’Egypte » qui a pour thème principal
la victoire de la fidélité en dépit de toute adversité servira également à
bâtir le livret.
Le texte prendra une autre dimension car sera profondément remanié et seront
introduits rites, idéaux et symboles d’inspiration maçonnique à cette époque
où la franc-maçonnerie se trouvait en danger compte tenu de ses affinités
avec les idées révolutionnaires.
L’ouvrage est à la fois :
. un dépaysement féerique : une ravissante princesse captive (pour son bien),
une mère éplorée, un oiseleur truculent, un prince chargé de délivrer la
princesse au royaume de Sarastro
. une initiation inspirée des rites maçonniques et vécue sur deux niveaux
différents par un couple « noble » : le Prince et Pamina et un couple «
bouffe » : Papageno, Papagena.
et peut aussi bien charmer un enfant, émouvoir jusqu’aux larmes l’homme le
mieux trempé ou exalter le plus sage.
Le 30.09.1791 Mozart dirigea du piano la première. Principaux chanteurs qui
prirent part à cet événement historique : Schikaneder Emanuel : Papageno,
Frank Xaver Gerl : Sarastro, son épouse : Papagena, Benedikt Schack : Tamino,
son épouse : une des dames de la Reine de la nuit, cette dernière : la sœur
de Constance : Josepha Hofer , Anna Gottlieb : Pamina (avait tenu le rôle de
Barbarina dans les Noces de Figaro, le rôle du premier prêtre : le frère aîné
de Schikaneder : Urban….Deux mois et quelques jours après la première représentation
de la flûte, va se produire une tragédie de l’histoire de la musique : la
mort prématurée de Mozart.
Le jour de sa mort, de nombreuses personnes rassemblées devant sa demeure témoignèrent
de leur sympathie, Schikaneder très affecté faisait les cent pas en criant «
son esprit me poursuit tout le temps : il est toujours debout devant mes yeux »,
Il demandera que soit célébrée une messe de Requiem.
La flûte enchantée sera son plus grand succès, il écrivit d’autres livrets
notamment Der Spiegel von Arkadien pour F.X Süssmayr en 1794, Der Höllenberg
de J. Wölfl 1795
En 1797 il monta le « Schauspieldirecktor » K 486 et un an après « la
clemenza di tito » K621
A cette occasion il notera dans le livret imprimé « l’œuvre de Mozart est
noble au dessus de tout éloge. En l’entendant, de même que tout autre
musique de lui, on ne sent que trop ce que l’art a perdu en lui »
En 1798, Schikaneder écrivit une suite de la flûte enchantée : « le
labyrinthe » sur une musique de P. von Winter, qui n’eut aucun succès.
Goethe également tentera l’aventure mais l’abandonnera rapidement.
1801/1806 : Schikaneder (sans doute au sommet de sa popularité) inaugura et
pris la direction (après une courte interruption) du nouveau théâtre an der
Wien qui surpasse par sa taille et son luxe toutes les autres salles de Vienne
et doté d’installations techniques les plus modernes, il concurrence les 2 théâtres
impériaux et royaux : le Burgtheater et le Kartnerthortheater.
En 1802 l’opéra « Lodoiska » de Cherubini fut donné avec succès.
Sa patente sera cédée à un riche franc-maçon et il sera acquis à Nussdorf
(région de Vienne) un petit château qu’il fut obligé de vendre à son tour.
De 1806 à 1809 il assura la direction du Théâtre Municipal de Brno.
Il s’apprêtait ensuite à prendre en charge un nouveau théâtre à Budapest
mais frappé par une maladie mentale, Papageno mourut le 21.09.1812 à Vienne.
Papageno, on peut se demander parfois s’il ne s’est pas mis lui même en scène…..
Anne
©
avril 2004
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