« AMADEUS, LE DVD » (chronique)

Ne le nions pas, même s’il a été imposé par les grosses compagnies pour faire encore plus de bénéfices, tout comme le Cd 20 ans auparavant, le DVD recèle tout de même quelques avantages certains. Par exemple, il permet de ressortir des films que l’on trouvait difficilement du temps des cassettes vidéo. Amadeus ne bénéficiant plus de rediffusions sur les chaînes hertziennes, ces dernières ayant définitivement renoncé à éduquer le public, on se dit qu’il ne reste plus qu’une seule chose à faire : s’éduquer soi-même, et donc, sortir son porte-monnaie. Et revendre sa télé aussi...
Tombant sur le double collector d’Amadeus en DVD dans un site vente on-line, et à un prix presque dérisoire pour du neuf (9,90€), je me l’offris le mois dernier. Après tout, on ne vit qu’une fois, enfin j’espère…

Amadeus est un classique, sans jeu de mot. Ce « film aux huit Oscars » comme aime à le rappeler la jaquette montre que les longs-métrages peuvent servir la cause culturelle même auprès des masses les plus ignares.
Prenez un quidam dans la rue et demandez-lui de vous citer le premier musicien classique qui lui passe par la tête. Neuf fois sur dix, on vous répondra Mozart. Son nom est entré dans l’intellect collectif et est synonyme de musique classique, c’est un repère, comme Einstein l’est pour la science. Il était bien évident qu’il bénéficierait un jour ou l’autre d’un traitement cinématographique. A ce propos, nous attendons toujours des films sur Beethoven, Wagner etc.
C’est Milos Forman qui s’y colla pour l’ami Wolfgang. Tâche ardue que voilà mais le réalisateur légèrement bourru, avec son accent tchécoslovaque à couper au couteau, n’est pas Luc Besson. Il s’entoura de Peter Shaffer pour l’écriture du scénario, grand connaisseur de l’œuvre du compositeur. Comme le dit bien le réalisateur, s’entourer de gens connaissant mieux le sujet que soi est un gage de qualité. Après tout, Forman n’est là simplement que pour diriger sa caméra et ses acteurs…
Que cela soit bien clair, Amadeus n’est pas une biographie respectant à la lettre la vie de Mozart. Non, le scénario prend de grandes libertés pour l’adapter suivant une logique hollywoodienne et presque imparable (le clan des bons, avec un Mozart génial mais incompris, persécuté, et le clan des méchants faisant obstacle par ignorance ou jalousie etc.) mais aussi romanesque, histoire de faire pleurer Margot.
Amadeus se base sur un duel entre deux musiciens que tout oppose : Salieri et Mozart. La réalité était tout autre, les deux hommes s’appréciaient sans pour autant se taper dans le dos soyons juste. D’ailleurs, Salieri fut l’un des rares musiciens à assister aux obsèques du musicien.
Le film aime à user de clichés et autres capacités légendaires du compositeur. Il faut faire prendre conscience au public de la tragédie et du gâchis que fût la vie de Mozart. Forman y arrive très bien avec un Amadeus surdoué mais excentrique, presque punk, donc décalé et rebelle (ce qui plaira toujours aux jeunes) avec ses perruques colorées, son rire chevalin et son impertinence dans l’hypocrisie chrétienne de l’époque. On sait que le musicien avait une personnalité peu ordinaire ; parfois fort prétentieuse, sachant très bien quel était son talent. Là-dessus, le film est très fidèle. Même sur le côté scatologique de Mozart qui continue à faire couler beaucoup d’encre ou la relation « je t’aime moi non plus » qu’il entretenait avec son père.
Tous ces commérages peuvent nuire aux puristes jurant plus par la musique que par la vie du compositeur, somme toute très banale pour cette dernière. Ces mêmes puristes ne sentiront légèrement frustré à la vue de ce film. Jamais Salieri commanda et aida à finir le Requiem. Jamais non plus il complota ainsi contre son jeune rival. Jamais Mozart ne sombra dans la bouteille comme cela. Où est Süssmayer ? Les quatre enfants morts en bas âge ? Certes, si l’on devait inclure tout ceci au film, celui-ci dépassera de loin les quatre heures. Il a fallu choisir mais de là à réécrire l’Histoire… D’autant plus triste que les profanes vont prendre ça pour « la » vérité sur Mozart.
Après sa mort, réécrite elle aussi, l’enterrement de Mozart, soutenu par la musique du Requiem, pousse au maximum le couplet du déchirement. La scène du corps, jeté dans une fosse comme un déchet, avec un temps grisâtre et de la neige, peut scandaliser tant elle est forte et surtout exagérée.
Mis à part cela, le film en lui-même respecte très bien la musique, qui est le troisième personnage clé de ce film après Mozart et Salieri. Peter Shaffer, étant un grand admirateur de Mozart, a parfaitement réussi sa mission là-dessus. Même bilan pour l’ambiance, les costumes etc. Comme le dira le conseiller en musique : « Ce film aura permis de toucher et de faire aimer Mozart à des tas de gens bien plus qu’en une centaine d’années ! »
Malgré ces quelques défauts pour puristes, le film se classe nettement au-dessus du lot. Comme il l'est dit plus haut, c’est un classique qui réussit le tour de force de réconcilier les admirateurs de Mozart avec des profanes de la chose. Un film sur Mozart qui intéresse même des non-mélomanes ne peut être un mauvais film.

Comme tous les DVD digne de ce nom, des bonus sont disponibles sur un second disque. Un gros « making of » d’un heure lève le voile sur les coulisses du film. Nous retrouvons donc les acteurs phare du long-métrage tourné voici vingt-et-un ans : Tom Hulce, désormais barbu et potelé ; la très drôle Elizabeth Berridge ne lésinant pas sur les anecdotes décousues entre deux éclats de rire tonitruants, et bien entendu F.Murray Abraham qui incarna Antonio Salieri presque par hasard. Un hasard qui lui rapporta un Oscar du meilleur acteur pour sa performance.
Bien évidemment, Milos Forman et son compère Peter Shaffer ne négligent aucun détail, aucune anecdote, bien relayés là-dessus par les acteurs et producteurs qui ont tous leurs propres souvenirs mémorables. Elisabeth racontant le nombre de fois incalculable qu’elle dut manger les confiseries de Salieri et s’en délecter alors que c’était du massepain et qu’elle avait horreur de ça. Forman lui, narrant avec un grand sourire comment un chapeau emplumé d’un des acteurs prit feu pendant une scène à cause des nombreuses bougies aux alentours. Forman toujours, plus calme et intimiste cette fois, confessant que Shaffer se mit à pleurer sur un des lieux du tournage, à l’opéra de Prague qui, communisme oblige, n’avait subi presque aucune modification depuis trois siècles, se rendant compte que Mozart avait foulé ce même sol à l’endroit exact où il était pour la première mondiale de Don Giovanni.
Suivant votre choix dans le menu sonore au début, un commentaire audio de Milos Forman est disponible pour tout le film mais malheureusement non sous-titré en français.
Sur le plan technique, le DVD a bénéficié d’un dépoussiérage total niveau images mais surtout son. Le Dolby Digital 5.1 fait des merveilles avec un film comme celui-ci, et c’est bien la version française d’origine que nous entendons là (les « vieux » films sortis en DVD ont souvent une toute nouvelle version française, pour cause de doublage inexploitable car trop ancien ou de droits tout simplement, et cela peut gêner l’auditeur habitué à une version mainte fois entendue précédemment). Un choix de plusieurs langues européennes est disponible. Notons également que 20 minutes de scènes, initialement coupées au montage, ont été inclues au film. Pourquoi résister encore ?

Quelques photos du film :

Le maître au travail:


Mozart s'amuse:


Salieri:


Constance:


L'écriture du Requiem:


Mort du compositeur:


Les acteurs, 20 ans après.

Tom Hulce (Mozart):


Elizabeth Berridge (Constance):


F.Murray Abraham (Salieri):

SM

Tous droits réservés. © 19/02/2005