Venanzio RAUZZINI

(baptisé à Camerino, près de Rome, le 19 décembre 1746 ; mort à Bath le 8 avril 1810)

Castrat soprano et compositeur.

Rôles mozartiens :

Il créa Cecilio (Lucio Silla), le 26 décembre 1772 à Milan, ainsi la première version du motet Exsultate Jubilate K 165/158a.

Sa carrière :

Après des études à Rome – il fût le condisciple de Clementi-, et peut-être à Naples avec le compositeur Porpora, il fit ses débuts à Rome dans un petit rôle de l’opéra de Piccini Il Finto Astrologo en 1765. Il chante également dans La Contadina in corte, un intermède de Sacchini. Son premier rôle majeur est endossé l’année suivante à Venise dans Sesostri de Guglielmi. Il reprend également Il Re pastore du même compositeur, dans lequel il chante le rôle titre, Aminta.

En 1766, il entre au service du prince électeur Maximilien III Joseph à Munich, comme premier soprano au théâtre de la cour, où il sera employé jusqu’en 1772. Il apparaît dans le Siroe de Traetta en 1767, puis obtient un congé pour retourner en Italie. En 1767, il se produit à Venise et à Vienne, dans Amor e Psiche dans lequel il chante Amor, face à Elisabeth Teyber (Psiche) et Clementina Baglioni (Venere) et Partenope de Hasse (que les Mozart allèrent voir). De retour à Munich, il compose et interprète ses premiers opéras, dont L’Eroe Cinese (1771). Le denier opéra dans lequel il apparaît à Munich est le Demetrio de Bernasconi.

En 1772, il quitte Munich, car ses succès féminins auprès de l‘aristocratie lui valent quelques ennuis, selon Michael Kelly. Ce qui semble plus certain, c’est son engagement à Milan pour le carnaval de 1773, où il crée Cecilio dans le Lucio Silla de Mozart et un opéra de Paisiello, Sismano nel Mongol, avec également Anna de Amicis-Buonsollazzi.

En janvier, Mozart lui écrit le Motet Exsultate Jubilate qui est créé à l’église des Théatins. (Un post scriptum de Mozart à Nannerl dans une lettre datée du 16 janvier 1773 précise : “J’ai pour le primo un uomo motet écrire dû, qui demain chez Théatins les donné sera. […])

Rauzzini chante ensuite à Venise (Demetrio dans l’Antigono d’Anfossi) et à Padoue (Rinaldo dans l’Armida de Nauman), et en 1774 à Turin et Venise.

En 1774, il s’embarque pour l’Angleterre où il finira sa vie.

Jusqu’en 1777 il chante régulièrement au King’s Theatre de Londres, le théâtre italien. Il fait engager à ses côtés  la Schnidlerin, qui avait également chanté avec lui à Venise, une des ses élèves, ce qui fut très critiqué. Burney précise que “sa voix était un filet de son, et sa faiblesse n’était compensée ni par le bon goût ni par les connaissances musicales. En vérité, elle apparaissait sur scène ce qu’elle était en dehors, l’élève de Rauzzini ; et elle lui était si inférieure qu’il crut nécessaire de s’abaisser à son niveau, de manière à la faire apparaître plus avantageusement. Il est dangereux de consulter le primo uomo ou la prima donna sur le choix du protagoniste auquel il vont disputer la gloire de plaire. […] Les chanteurs de capacités presque égales, bien que différentes, se regardent mutuellement avec horreur ; il imaginent réciproquement que tous les applaudissements gagnés par leur collègue est à leur dépens.

Rauzzini fait ses débuts comme compositeur et comme chanteur dans un pasticcio d’Armida en novembre 1774. Il va enchaîner les succès après des débuts mitigés ; il va écrire de nombreux opéras, parmi lesquels Piramo e Tisbe, un des ses plus grands triomphe, et des airs pour des pasticcios comme La sposa fedele, Didone abbandonata, The Duenna, et un opéra comique L’Ali d’Amore (1776), dans lequel apparaît une très jeune Ann Storace qu’il avait prise comme élève.

Si ses talents d’acteurs sont unanimement loués, comme pour ce Montezuma de Sacchini –voir illustration- en 1775, puisqu’on va même jusqu‘à le comparer au grand acteur Garrick, les opinions sont plus partagées en ce qui concerne son art vocal. Certains considèrent qu’il a perdu en puissance vocale depuis qu’il compose autant… Cependant ceux qui le critiquent se fondent sur des souvenirs de sa carrière continenetale, puisque Rauzzini n’a pas de rival ; les autres grands castrats qui étaient apparus sur les scènes d’Angleterre sont repartis depuis longtemps et Pacchierotti n’arrivera qu’en 1778.

De nombreuses compositions seront publiées à Londres ; on trouve des songs, des airs séparés, des sonates, etc … Cette activité intense de compositeur sera l’objet d’une brouille avec son ami Sacchini, puisqu’il s’attribuera une partie des airs qu’il chantait au grand dépit du compositeur qui décide de ne plus parler à son interprète.

Fin 1777, il décide de se retirer à Bath.

Son activité musicale ne se ralentit pas pour autant ; il organise des concerts avec le violoniste Franz Lamotte (qui était organisateur des concerts et impresario de Bath), qui sont si prisés que les meilleurs chanteurs se pressent pour s’y produire sans cachets. Il bénéficie donc, tout au long de ses dernières années, des prestations de John Braham, Ann Storace, Michael Kelly, Charles Incledon, Elisabeth Billington, Gertrud Mara…

Au cours d’un voyage à Dublin en 1778, il rencontre le jeune ténor Michael Kelly, qu’il prend brièvement comme élève et qu’il envoie en Italie continuer sa formation.

Un des ses concerts à Bath en 1779 est décrit par Edmund Rack, dans son journal, comme “l’Assemblée la plus brillante que j’ai jamais vue ; l’élégance de la salle, illuminée par 480 chandelles de cire, l’éclat des bijoux, l’inconcevable harmonie de près de 40 musiciens, dont certains étaient les meilleurs d’Europe, ajoutaient aux riches atours des 800 Gentlemen et Ladies, était une scène, dont ceux qui ne l’ont pas vue, ne peuvent se faire l’idée. La Motte et Fisher surpassent toute description, Au violon et au hautbois, ils n’ont pas d’égal dans toute l’Europe. Rauzina (sic) est un eunuque et a un trille agréable. […]  Ces concerts étaient devenus des évènements mondains très appréciés par la qualité de la musique autant que par l’assistance choisie qui s’y précipitait.

En 1780, Lamotte se retire et Rauzzini prend sa place et devient le directeur des Assembly Rooms concerts.

En 1781, il accepte de se produire à Londres avec le castrat Tenducci, et s’y rend afin de superviser la mise en scène de ses opéras Creusa in Delfo et Alina o sia La regina de Golconda, qui fut éreintée par la critique. Sa musique est utilisée pour des ballets, mais après l’échec de son opéra La Vestale (1er mai 1787) il décide de ne plus quitter Bath.

Il partage donc son temps entre sa maison de ville et sa maison de campagne de Perrymead, dans laquelle il reçoit de nombreux visiteurs et élèves.

En août 1774 ; il reçut Haydn qui passa trois jours chez lui : Rauzzini avait enterré son chien Turk dans son jardin sous une pierre tombale, et Haydn, touché de ce geste, composa un canon à quatre voix, en utilisant une partie de l’inscription qui figurait sur la stèle, “Turk was a faithful dog and not a man” [Turk était un chien fidèle et non un homme.]

Il écrivit en 1801 un Requiem, dont certains disent que ce fut en souvenir de Mozart, mais cette dédicace est incertaine. 

Il a laissé une quinzaine d’opéras et de pasticcios, de musique de scène, des cantates et pièces vocales diverses, de la musique de chambre et un recueil de douze solfeggi, qui nous renseignent sur sa technique vocale et ses capacités pédagogiques.

Rauzzini fut inhumé dans l’abbaye de Bath en grande cérémonie, comme il convenait à l’un des plus éminents notables de la ville.

(Bath Abbey : http://www.bathabbey.org/about%20bath%20abbey.htm )

Jugements de ses contemporains :

Le musicologue et historien Charles Burney, le rencontrant en 1772 à Munich loua sa virtuosité  et la qualité de sa voix, mais fut davantage impressionné par ses capacités de compositeur et de claveciniste :

Dans le tome IV de sa General History of Music from the Earliest Ages to the Present Period, publiée en 1789, il écrit :

“VENANZIO RAUZZINI était à l’époque un jeune homme beau et plein de vivacité, et un excellent musicien, qui non seulement connaissait son propre métier comme chanteur, mais celui de compositeur : étant aussi capable de faire un opéra que de chanter dedans. Sa voix était douce, claire, flexible et étendue ; ayant en tessiture plus que deux octaves. Mais elle n’était pas puissante lorsque je l’ai entendue à Munich, deux ans auparavant ; et elle s’affaiblissait de jour en jour car il s’attachait davantage à ses compositions. Il  jouait du clavecin proprement et avait un vrai génie pour l‘écriture de la musique, ce qui l’inclinait à consacrer plus de temps à sa plume et l’amélioration de sa main, un temps, qui , dans on emploi, aurait été mieux dévolu à la nourriture et l’exercice de sa voix. Cela prit quelque temps avant que ses capacités furent ressenties ici  par le public, dans la faveur duquel rien ne peut donner une meilleure idée des mérites d’un chanteur qu’une voix grosse et puissante : cependant, son goût, a fantaisie, et sa finesse, alliées à sa beauté et sa façon intelligente et inspirée de jouer, lui valurent, avant la fin de la saison, tous  les suffrages.

Il ne semble pas qu’il ait tout d’abord impressionné les Mozart, lorsqu’ils l’entendirent à Vienne en 1767. Leopold Mozart, dans une lettre à Hagenauer, datée du 29 septembre  écrit : “L’opéra de Hasse est beau, , mais les chanteurs ne sont pas extraordinaires ; […] Rauzzini de Munich est le meilleur castrat.”

En 1772, il a changé d’avis puisque il précise, le 28 novembre 1772, que “Aujourd’hui, le De Amicis [la prima donna qui chantera Giunia] quitte Venise et sera donc ici dans quelques jours . Le travail commencera lors sérieusement, car jusqu’à maintenant il ne s’est pas passé grand chose. Wolfgang n’a écrit que le premier air [sans doute Il tenero momento ] pour le primo uomo, il est incomparablement beau et ce dernier le chante comme un ange. […]”

Les répétitions se passent bien, mais la première fut un peu plus mouvementée :

“[La De Amicis] chanta mal toute la soirée, d’autant plus que la jalousie d’en mêla, car l’archiduchesse se mettait à applaudir dès que le primo uomo paraissait sur scène. C’était un tour du castrat ; il s’était arrangé pour qu’on rapporte à l’archiduchesse qu’il avait un tel trac qu’il ne serait pas en état de chanter, à moins que la cour ne lui donna du courage en l’applaudissant. […]” (lettre de Leopold Mozart à sa femme, datée du 2 janvier 1773)

Discographie :

Si l’on souhaite écouter les deux œuvres composées pour lui par Mozart  chantées d’une même voix, il faut s’orienter vers Cecilia Bartoli .

Elle a enregistré l’Exsultate Jubilate dans son album Mozart Portraits  (Decca 443 452-2.), avec le Vienna Chamber Orchestra dirigé par György Fischer . Elle le chante dans la tessiture originelle, bien qu’étant mezzo.

Elle a également enregistré, lors d’un concert public, le Lucio Silla sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, en  1990, avec : Lucio Silla - Peter Schreier ; Giunia - Edita Gruberova ; Celia - Dawn Upshaw ; Cinna - Yvonne Kenny. (Elektra/Asylum 4928)

(extraits en REAl audio : http://shopping.yahoo.com/shop?d=product&id=1921526055&ft=&upc=&clink= )

Un extrait de L’Eroe Cinese, l’air de Siveno "Ti leggo in volto", a été enregistré par le sopraniste Aris Christofellis dans le CD Les Castrats au temps de Mozart (avec l’Ensemble Seicentonovecento, dirigé par Flavio Colusso) (1995, EMI France CDC 5 56134 2).

Le canon de Haydn, "Turk was a faithful dog", a été enregistré dans Joseph Haydn, The secular canons, GYŐR GIRLS' CHOIR dirigé par Miklos Szabo (Cd Hungaroton, 1987)

 

Emmanuelle et Jérôme Pesqué

Tous droits réservés. © 2002

Les extraits de lettres de la famille Mozart proviennent de la traduction de Geneviève Geffray, publiée chez Flammarion, en 1986.