La Résurrection de Mozart :

Nous sommes à Vienne, durant ces quelques fatales journées des mois de novembre et décembre 1791.

Dimanche, 4 décembre.

Wolfgang pourrait être dans le lieu qu'il préfère, son cabinet de travail, une petite pièce très claire, située entre le salon et la salle de billard de l'appartement qu'il occupe avec Constance et ses enfants dans la petite Kaiser-Haus à Vienne.

Mais Mozart, très malade, est dans sa chambre. Depuis son lit, il peut sans effort voir le piano-forte... A gauche, sur une petite table, soigneusement rangé dans son étui, il peut deviner les courbes de son alto.

Sa belle-soeur ne quitte guère son chevet. Elle est inquiète...

Dans quelques heures, il va mourir.

A 0h 55, en ce funeste jour du 5 décembre 1791, c'est dans les bras de Sophie Haibel que Wolfgang rendra son dernier soupir.

Constance, rendue hystérique par la douleur, tentera de se glisser dans le lit de son époux, espérant attraper ainsi la maladie infectieuse qui, croit-elle, lui enlève Wolfi...

Pourquoi maintenant, pourquoi si tôt ? Même si dans sa grande majorité le public viennois fait preuve d'une ahurissante incompréhension pour les chefs d'oeuvres que son mari a composé... 36 ans, c'est quand même bien jeune pour mourir, pense-t-elle.

Pourquoi déjà ?

Bientôt, on allongera Mozart dans son cercueil, enveloppé dans un habit noir dont la capuche, tout en lui recouvrant presque entièrement le visage, laisse cependant entrevoir un sourire... Peut-être...


Devant le n° 970 de la Rauhensteingasse, une rumeur s'élève et quelques admirateurs s'attardent. La Cour a pu ignorer Wolfgang, mais pas le coeur des hommes, pas l'âme du peuple qui déjà sait combien va manquer, à la Musique et à l'Humanité, ce petit homme toujours en mouvement, joueur, gai et pourtant si parfaitement désespéré, parfois...

Car lui seul sait nous prendre par la main pour nous faire partager ses joies et ses regrets, qui deviennent nôtres... Depuis toujours, il sait si bien nous inviter à le suivre, où qu'il aille...



5 décembre 1791. Mozart est mort.

Une épitaphe, rédigée quelques jours plus tard avec beaucoup de franchise par un jeune compositeur viennois, dit ceci : "Il est certes dommage d'avoir perdu un si grand génie ; mais cela vaut mieux pour nous qu'il soit mort. Car s'il avait vécu plus longtemps, le monde ne nous aurait plus donné la moindre miette de pain pour nos compositions".

Ce musicien avait raison, car il était presque impossible à Mozart d'écrire une musique qui ne fut pas parfaite...


Mozart est mort.

A Prague, un concert est donné en sa mémoire en l'église Saint-Nicolas. Les cloches de la Vieille Ville sonnèrent une demi-heure durant et les 4000 personnes qui s'étaient rassemblées sur la grande place contenaient mal leur émotion.

Du haut des Cieux, sur un Nuage et au milieu des Etoiles, Wolfgang est Heureux...



Mais faut-il le déranger ? Par l'un de nos caprices, pourrions-nous le ressusciter ?


"Moi je ne ressusciterais que Mozart, oui, c'est cela, Mozart, pensa Maria. Je n'ai besoin de personne d'autre, et d'ailleurs ce serait inutile. Elle le décida non pas en vertu d'une passion maladive qu'entretiennent parfois pour la musique les dames d'un certain âge, dites "cultivées", mais parce que dans sa mémoire ce nom était lié, depuis sa toute première jeunesse, à quelque chose de si pur, si transparent, si éternel que cela pouvait tenir lieu de bonheur. Mozart, bien sûr, personne d'autre que Mozart, se dit-elle à nouveau. Et heureusement que je ne suis plus très jeune et qu'à mon désir ne se mêle aucune concupiscence. Il resterait avec nous jusqu'au matin, il jouerait du piano ou il nous parlerait. Et tout le monde viendrait le voir et l'écouter, le jardinier des voisins avec sa femme, et le postier, et l'épicier avec sa famille, et le chef de gare... Quelle joie ce serait ! Tout serait sans dessus dessous. Et il n'y aurait plus de guerre".



"L'héritage mozartien est une excuse à l'existence de l'humanité qui vaut toutes celles que nous rencontrerons jamais et peut-être, après tout, un faible espoir d'ultime survie". (H.C Robbins Landon, "1791, la dernière année de Mozart", Château de Foncoussières, Noël 1986.



L'enfermer dans une chambre, le regarder et l'écouter. Wolfgang Amadeus Mozart, un nom immortel en musique...



NB : Les quelques propos ci-dessus ont été très librement adaptés par une petite amatrice à partir du livre de Madame Nina Berberova, "La
Résurrection de Mozart", Actes Sud 1989.
 

Marie O.

Tous droits réservés. © 04/12/2005